Agroforesterie : comment les communautés locales restaurent leurs terres

October 20, 2026
Puits au Cambodge
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En résumé
  • L'agroforesterie consiste à associer des arbres aux cultures ou à l'élevage sur une même parcelle.
  • En Afrique, elle permet aux communautés locales de restaurer des terres dégradées tout en continuant à produire.
  • Ses bénéfices sont concrets : sols plus fertiles, meilleure rétention de l'eau, revenus diversifiés grâce aux fruits, au bois et au fourrage.
  • Certains arbres, comme le Faidherbia albida, fertilisent naturellement les champs sur lesquels ils poussent.
  • Les projets qui réussissent reposent sur la formation des agriculteurs et sur des essences choisies avec eux.

Au Sahel, certains champs de mil sont parsemés de grands arbres aux branches dénudées pendant la saison des pluies. Ce n'est pas un oubli de l'agriculteur. Ces arbres perdent leurs feuilles au moment exact où les cultures en ont besoin, et les laissent tomber au sol comme un engrais naturel.

Cette alliance entre l'arbre et le champ porte un nom : l'agroforesterie. Longtemps considérée comme une pratique traditionnelle d'un autre âge, elle est aujourd'hui l'une des réponses les plus prometteuses à la dégradation des terres en Afrique.

Son atout principal tient en une idée : restaurer la terre sans cesser de la cultiver.

C'est quoi l'agroforesterie ?

L'agroforesterie désigne l'ensemble des pratiques qui associent volontairement des arbres à des cultures agricoles ou à l'élevage sur une même surface. L'arbre n'est plus un concurrent du champ, il en devient un partenaire.

Pour une présentation des principes de base, notre article sur l'agroforesterie en 4 questions clés reprend les fondamentaux.

Les principales formes d'agroforesterie en Afrique

Les parcs arborés. Des arbres dispersés dans les champs, comme le karité, le néré ou le Faidherbia albida en Afrique de l'Ouest. C'est la forme la plus répandue au Sahel.

Les jardins agroforestiers. Des parcelles où se superposent plusieurs étages : grands arbres fruitiers, arbustes, cultures vivrières et plantes basses. On les trouve notamment à Madagascar et dans les régions humides.

Les haies et brise-vent. Des alignements d'arbres en bordure de champ, qui protègent les cultures du vent et limitent l'érosion.

Le sylvopastoralisme. L'association d'arbres et de pâturages, où les arbres fournissent ombre et fourrage aux animaux.

Pourquoi l'agroforesterie restaure-t-elle les terres ?

Les arbres nourrissent le sol

Les feuilles qui tombent se décomposent et enrichissent le sol en matière organique. Certaines espèces, les légumineuses, captent l'azote de l'air et le fixent dans la terre. Le Faidherbia albida en est l'exemple le plus connu : dans plusieurs pays d'Afrique australe et de l'Ouest, les rendements de maïs ou de mil sont nettement plus élevés sous son couvert qu'en plein champ.

Les racines retiennent l'eau et la terre

Les racines profondes stabilisent le sol, limitent l'érosion par la pluie et le vent, et favorisent l'infiltration de l'eau. Dans les régions soumises aux sécheresses, cette eau mieux retenue fait souvent la différence entre une récolte et une perte.

L'ombre protège les cultures

Sous un climat de plus en plus chaud, l'ombre partielle des arbres réduit l'évaporation et le stress thermique des plantes. Elle crée un microclimat plus favorable aux cultures comme aux animaux.

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Point clé

L'agroforesterie ne demande pas de choisir entre produire et protéger. Elle permet de nourrir une famille aujourd'hui tout en reconstituant un sol fertile pour la génération suivante.

Comment les communautés locales s'approprient-elles l'agroforesterie ?

La régénération naturelle assistée, l'exemple du Sahel

Au Niger et au Burkina Faso, des agriculteurs ont reverdi des millions d'hectares depuis le milieu des années 1990. Leur méthode : repérer les pousses qui repartent des souches d'arbres coupés, les protéger, les tailler et les laisser grandir au milieu des champs.

Ce reverdissement n'est pas venu d'un grand programme international. Il est né d'agriculteurs qui ont constaté que leurs récoltes et leurs revenus progressaient avec les arbres.

Des arbres qui rapportent un revenu

La clé de l'adoption est économique. Un manguier, un anacardier, un caféier ou un moringa fournit des produits vendables. Le bois mort sert à la cuisine, les feuilles au fourrage. Chaque arbre devient une source de revenus complémentaire, et donc un bien que la famille protège.

C'est ce qui distingue l'agroforesterie d'une plantation imposée de l'extérieur : les arbres appartiennent à ceux qui en vivent.

La formation, un passage obligé

Choisir les bonnes essences, gérer la concurrence entre arbres et cultures, tailler au bon moment : l'agroforesterie s'apprend. Les projets durables investissent autant dans la formation que dans les plants.

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Les limites à connaître

L'agroforesterie demande du temps : un arbre fruitier met plusieurs années à produire. Sans accompagnement pendant cette période, sans accès à l'eau pour les jeunes plants et sans sécurité foncière pour les agriculteurs, les projets échouent souvent.

Quels résultats concrets pour l'agroforesterie en Afrique ?

BénéficeEffet observé sur le terrain
Fertilité des solsDavantage de matière organique et d'azote, moins besoin d'engrais chimiques
EauMeilleure infiltration, recharge des nappes, cultures moins sensibles aux sécheresses
RevenusFruits, bois, fourrage et épices diversifient les sources de revenus
AlimentationFruits et feuilles enrichissent les repas, en particulier pendant la période de soudure
BiodiversitéRetour des oiseaux, des pollinisateurs et de la faune des sols
ClimatStockage de carbone dans les arbres et dans les sols

En renforçant la production locale, l'agroforesterie participe aussi à la souveraineté alimentaire des communautés, qui dépendent moins des marchés extérieurs.

Elle fait d'ailleurs partie des 8 solutions pour agir contre la déforestation, puisqu'elle permet de produire davantage sur des terres existantes sans défricher de nouvelles forêts.

Comment LIFE accompagne-t-elle l'agroforesterie ?

Le programme Sapousse de LIFE, lancé en 2016, s'inscrit dans cette logique. Plutôt que de planter des forêts isolées, il fournit aux familles des arbres « économiques » adaptés à leur terroir, associés à leurs cultures.

À Madagascar, 400 familles des régions d'Anosy, d'Itasy et de Bongolava ont chacune reçu 500 plants : ravintsara, manguiers, tapia, cannelliers et caféiers, soit 200 000 arbres. Les essences fruitières et de rente assurent un revenu régulier pendant que les arbres restaurent les sols.

Les plantations s'accompagnent d'actions complémentaires : distribution de matériel agricole et d'engrais verts, création de jardins maraîchers, formations à l'agriculture durable et à l'entrepreneuriat vert. Plus de 14 000 personnes ont été accompagnées au Sénégal, au Mali, au Bénin, au Maroc, à Madagascar, au Liban, au Bangladesh et en Indonésie. Les résultats sont publiés dans les rapports d'activité de LIFE.

Ces projets rejoignent les grandes dynamiques de reforestation en Afrique, avec une conviction : un arbre qui nourrit est un arbre qui reste debout.

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Questions fréquentes
Quelle est la définition simple de l'agroforesterie ?

C'est le fait de cultiver des arbres sur les mêmes parcelles que des cultures agricoles ou des pâturages, pour que chacun profite à l'autre : les arbres enrichissent le sol et protègent les cultures, les champs restent productifs.

Quels sont les avantages de l'agroforesterie en Afrique ?

Elle améliore la fertilité des sols, retient l'eau, limite l'érosion, protège les cultures de la chaleur et diversifie les revenus des familles grâce aux fruits, au bois et au fourrage.

Quels arbres utilise-t-on en agroforesterie africaine ?

Parmi les plus courants figurent le Faidherbia albida, le karité, le néré, le moringa, le manguier, l'anacardier et le baobab. À Madagascar, on plante aussi des caféiers, des cannelliers et le ravintsara.

L'agroforesterie augmente-t-elle les rendements agricoles ?

Oui, à moyen terme. Sous certains arbres fertilisants comme le Faidherbia albida, les rendements de céréales sont nettement plus élevés. Les premières années demandent toutefois de la patience, le temps que les arbres grandissent.

Quelle différence entre agroforesterie et reforestation ?

La reforestation vise à recréer une forêt. L'agroforesterie intègre des arbres dans des terres agricoles qui restent cultivées. Les deux sont complémentaires dans la lutte contre la dégradation des terres.

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