MALI : AGIR DANS LES ZONES DE GUERRE

En accentuant ses interventions dans trois domaines principaux que sont l’accès à l’eau potable, l’aide alimentaire et la reforestation, mais aussi sur des domaines annexes comme l’éducation et la formation, l’objectif de LIFE depuis sa création en 2009 est d’arriver à une société beaucoup plus équilibrée et à une meilleure répartition des richesses. Ceci afin de réduire de manière drastique les inégalités et d’arriver à une véritable cohésion sociale.

Dans toute association, il est ainsi primordial d’accorder une attention particulière à ce que l’action humanitaire soit fondée sur des valeurs morales et éthiques. Chez LIFE par exemple, les relations ne sont pas seulement fondées sur les principes de dons et de contre dons, mais nous favorisons une relation d’interdépendance exercée dans la transparence totale. C’est en ce sens que nous privilégions nos actions avec des partenaires locaux.

L’essentiel pour LIFE est de pouvoir évaluer ces jeunes associations qui ont besoin d’accompagnement, et de faire en sorte qu’elles répondent à nos besoins et exigences. Mêmes si celles-ci peuvent rencontres des lacunes du côté administratif, le point fort de ces structures est bien généralement la motivation de ses membres.

Aujourd’hui, nous accueillons dans cette nouvelle rubrique notre partenaire au Mali, Monsieur Dramane ARBY, président de l’ONG ADIL, pour nous faire un point sur la situation du pays et sur l’importance d’agir en zone de guerre, malgré les difficultés du terrain.

Pourriez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

 Je suis Dramane ARBY, Ingénieur géologue de métier. Cela fait maintenant 35 ans que je suis dans les actions de développement local. J’y ai travaillé en qualité de Superviseur, Chef de Projet ou encore Coordinateur.

J’ai eu le privilège de diriger l’association ADIL-MALI depuis 2012. Une association qui s’est transformée en ONG nationale en mai 2018. Depuis, l’ONG a principalement travaillé avec des partenaires comme LIFE, la MINUSMA et le PNUD (Programme d’appui aux communes vulnérables).

Ces partenariats ont jusque-là évolué dans les domaines suivants : l’hydraulique, l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, l’énergie et l’environnement.

 Pouvez-vous revenir sur le contexte actuel  au Mali?

 Le contexte politique au Mali est assez instable. On vit une période de transition politique depuis le coup d’Etat du 18 aout 2020. La junte militaire au pouvoir disait qu’elle avait pour mission de parachever la lutte du peuple malien pour le changement. Mais il y a une vive tension entre cette junte au pouvoir et la classe politique par rapport à la mise en place de l’organe législatif qu’est le Conseil National de Transition.

Le front social est en ébullition. Depuis la mise en place du gouvernement, les grèves ne font que se multiplier. De revendication à revendication, on tend vers un blocage socio-économique. Comme si le COVID19 ne suffisait pas!

Pourquoi au Mali, y a-t-il cette nécessité d’aller dans les zone proches des zones de conflits, de guerres, pour construire certains puits ?

Les zones abandonnées ou léguées en arrière-plan constituent partout des zones à risque de rébellion donc d’instabilité. Si le taux de couverture en eau potable est de 60% en moyenne à l’échelle nationale, au Nord, où la menace terroriste est présente, c’est autour de 50%. D’où le besoin de réalisation de nouveaux points d’eau.

Seulement, les forages de petites et moyennes profondeurs ne peuvent être exécutés que dans des zones particulières c’est-à-dire dans des territoires qui se trouvent non loin des cours d’eau. Dans le désert, une bonne partie du territoire au nord du Mali, le besoin en eau est crucial, mais cela nécessite de creuser à des grandes profondeurs, c’est-à-dire autour de 100 mètres.

C’est pourquoi nous sollicitons de plus en plus souvent la construction de châteaux d’eau, qui permettent de creuser plus profond. Nous en avons déjà réalisé plusieurs avec LIFE.

Quelle est la principale difficulté rencontrée sur le terrain terrain dans votre travail au quotidien ?

Depuis 2012, le Mali connaît une crise sécuritaire, qui s’est étendue sur une grande partie du territoire. Nous, nous agissons dans ces zones d’insécurité, à Mopti et Tombouctou. Nous ciblons les zones où on peut travailler, mais dans nos mouvements, nous ne sommes pas libres. On doit être très prudents pour mener nos activités.

Nos zones d’intervention sont en  grande nécessité d’eau car on est au Sahel. La pluviométrie est faible, les cours d’eau sont menacés et les nappes ne sont pas bien alimentées. Comme les nappes sont très profondes, ce n’est pas facile de pouvoir les atteindre.

Parfois, on va dans une communauté où les besoins en eau sont immenses mais malheureusement, nous ne pouvons pas faire le forage. C’est alors vraiment le désespoir. Pour nous, mais encore plus pour la communauté qui ne comprend pas. Ces difficultés peuvent amener quelques problèmes sur le terrain avec les populations.

Vous avez fait de nombreux forages avec LIFE. Quel évènement vous a le plus marqué?

Un jour, on est venus dans une zone. On leur a dit qu’on était prêt à faire un forage. Mais il fallait une source d’eau à proximité pour pouvoir alimenter la machine et créer le point d’eau. Sauf que là-bas, il n’y en avait nulle part, même pas un marigot. La distance de la source d’eau la plus proche était à 3km.

Ils nous ont demandé des bidons, on leur a fourni. Mais on n’y croyait pas. A notre grande surprise, tout le village, filles et garçons, jeunes et vieux, s’est mobilisé. On est arrivés à huit heures, du matin, et il n’y avait même plus de place. Tous les bidons et jarres étaient remplis d’eau.

« On a tellement besoin d’eau, que même si vous nous dites de déplacer une montagne, on est prêts à le faire pourvu qu’il y ait de l’eau », dit le chef du village. Avec ça, on a pu vite terminer le point d’eau. Pour vous dire que parfois, on voit une détermination immense tellement que ça leur tient à coeur.

Quelle est la réaction des populations bénéficiaires après la venue d’un point d’eau ?

Quand ils reçoivent un point d’eau, c’est vraiment la fête au village. On a des images où on voit des danses. D’autres font des cadeaux. Ils nous offrent une chèvre ou un bouc. L’équipe qui a fait le forage, ils veulent les gratifier, tellement ils sont contents. Vraiment, c’est une joie pour eux!

Tu souhaites financer un puits ? Rends-toi ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *